Pourquoi voyager ?
Il y a d'abord ceux qui esquivent, en faisant subtilement comprendre à leur interrogateur qu'il ne poserait pas la question s'il était en mesure de comprendre la réponse.
Ainsi, Georges Mallory qui s'attaque au mont Everest "parce qu'il est là". S'il n’était pas là, je ne pourrais le grimper, aurait dit La Palisse s'il avait connu l'Himalaya.
Cet absurde que Mallory se contente de suggérer à l’interlocuteur, Lionel Terray le revendiquera, en s'autoproclamant "conquérant de l'inutile". Pourquoi monter, s'il faut redescendre ; pourquoi partir s'il me faut rentrer un jour ? Pourquoi prendre la route en vélo quand je peux la faire en moto ? Face aux questionnements qu'on lui adresse, le voyageur est tenté de se prendre au jeu de Mallory.
Certains pourtant ont le courage de répondre, ou tout au moins de tenter une réponse. Ça faisait quelques temps que je voulais traduire le poème de Kipling, "L'Explorateur", alors voici quelques extraits choisis :
"Il n'y a pas de sens à aller plus loin - c'est le rebord de la civilisation"
Ainsi ils parlaient, et je les ai crus - travaillant ma terre et semant ma culture
Construisant ma ferme et montant mes clôtures dans ce petit village frontière
Installé au pied des collines, là où les chemins rétrécissent et disparaissent.
Jusqu’à ce qu'une voix, aussi profonde que la Conscience, raisonna interminablement
D'un seul Soupir sans fin répétant jour et nuit :
"Quelque chose est caché. Va et trouve le. Va et regarde derrière les montagnes
Quelque chose est perdu derrière les montagnes. Perdu, et qui n'attend que toi. Va !"
Alors, à cours de patience, je suis parti, sans dire un mot a mes plus proches voisins
M´échappant avec bagages et affaires - les laissant boire dans la ville
Et la foi qui déplace les montagnes ne semblait pas aider mes labeurs
Alors que j´affrontais l´abrupte chaîne de montagne - tantôt courant vers le haut, tantôt mettant le cap en bas
Pas après pas, j´y ai frayé mon chemin, tournant mes hanches et mes épaules
Me dépêchant dans l´espoir de rencontrer l´eau, rebroussant chemin par manque d´herbe
Jusqu´à ce que je campe au dessus de la limite des arbres - neige glissante et crêtes nues
Senti l´air froid sous le vent - je savais que j´aurais peiné vers ce col
Pour l'avoir trouvé, j´ai pensé à nommer le col, mais cette nuit ce fut le vent du Nord qui me trouva
Gelant et tuant tout sur son passage - alors j´appelai le camp "Désespoir"
A ce moment, mon soupir s´éveilla pour me harceler :
"Quelque chose de perdu derrière les montagnes. Plus loin encore ! Vas-y !"
Alors j'ai su au moment ou je doutais - j'ai su que Sa Main était certaine au-dessus de moi
A ce moment encore - des dizaines d´hommes plus forts que moi ont échoué -
J´aurais pu retourner au village sain et sauf...
Mais je ne l´ai pas fait... Je ne l´ai pas fait. Je suis descendu de l´autre côté.
Jusque là où la neige disparaît dans les fleurs, et les fleurs se changent en Aloès
Puis je me retrouvai de nouveau dans un désert - une terre foudroyée et un ciel foudroyant.
Commentaires
1 Team Le 24/10/2017