Chili
16/04/2017
Et si, arrivé au bout du monde, l'aventure ne faisait que commencer?
Sur le quai Tres Puentes de Punta Arenas, j'embarque à bord du Yaghan. Il est 5 heures du soir, très loin sur l'horizon émerge un groupe de montagnes de glace qui paraissent des icebergs flottant dans les eaux du détroit. Nous dépassons de nuit le cap Froward avant de quitter le détroit pour le canal Magdalena. A minuit, éclairé par un puissant clair de lune, nous passons au pied du mont Sarmiento, sentinelle isolée et inaccessible de ces eaux Magellaniques. Une forte houle me réveille à 6h du matin, je sors sur le pont pour regarder le spectacle. Vers l'Ouest, l'horizon s'ouvre sur le grand large ; nous voilà au bord de l'océan pacifique. Je pense à Magellan et ses marins, s'avançant dans cet océan encore inconnu. Le ciel est plus étoilé que jamais avec la lune qui s'est couchée, le lever de soleil va être beau.
L'oeil n'est jamais rassasié de voir
06/04/2017
"À voir de belles choses, on ne finit pas par se lasser en fin de compte? "
La question remonte à San Pedro de Atacama. Je voyageais alors depuis 2 mois et demi, et je répondais que jusqu'ici, pour moi, l'émerveillement durait. Aujourd'hui, avec plus de 5 mois d'itinérance en Amérique du Sud au compteur, je constate que le regard n'est jamais repu de paysages et de vie sauvage. Même si l'excitation du début se transforme en routine. Une routine de vie sauvage, une routine de spectaculaire qui ne ternit pas le plaisir, bien au contraire.Il faudrait plutôt s'inquiéter d'addiction, que de parler de lassitude...
Tortel, O'Higgins et la frontière
09/03/2017
"Car ils ont reconnu qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur cette terre"
En terre de Patagonie, je continue ma vie nomade sur cette planète où je suis voyageur.
Tortel, de brumes et de bois
De Cochrane, je continue à descendre la vallée du Rio Baker, jusqu'à son embouchure sur l'océan Pacifique. Le soleil m'a quitté, je découvre la Patagonie des pluies.
Je rentre finalement dans une forêt impressionnante d'humidité, comme l'Amazonie mais avec 25 degrés de moins. Au bout de la Route, sur l'océan, se trouve le petit village de Tortel. Ce village est accessible par voie terrestre depuis 10 ans. Adossé à un fjord, toutes les rues du village sont des passerelles ou des escaliers en bois, le Cyprès des Guaitecas. Il y pleut presque chaque jour. C'est la porte d'entrée de la Patagonie de l'envers, celle des milliers d'îles exposées de plein fouet aux tempêtes du Pacifique. Un monde fascinant et inconnu.

Un lac sauvage en quittant Cochrane

L'arrivée sur Tortel le long du Rio Baker. Des puissantes cascades tombent de tous les côtés sur les flancs des montagnes, le paysage reste sombre même en plein midi
La Costanera, la rue principale de Tortel

Le village de Tortel

Tortel vu depuis le haut du village


Les îles dans le fjord

Le fjord de Tortel vu depuis un petit sommet
O'Higgins
Les derniers jours de vélo ayant été plus difficiles que ce que j'avais imaginé, je prends de Tortel un bus jusqu'à Villa O'Higgins; ça me fait économiser 90 km, du temps et de l'énergie pour les choses à venir. Ma pédale droite fera toutefois le voyage en roulant, mais sur le vélo de Julien, un autre cyclovoyageur qui avait cassé la sienne.
Villa O'Higgins est au terminal de la Carretera Austral, que j'emprunte depuis plus de 1000km. De là, il faut prendre un bateau pour traverser le grand lac O'Higgins, et puis franchir un col pour passer en Argentine. En attendant le bateau, je profite d'une journée sur place pour monter sur un sommet qui domine le village: le cerro Altavista. J'espère y observer les montagnes au Nord-Est du champ de glace Sud si le temps est dégagé.

Lago Cisnes et Lago Negro autour de Villa O'Higgins

En montant au Cerro Altavista, au dessus de la ligne des arbres.

Vue du sommet vers le Nord

Le sommet, je m'arrêterai quelques mètres avant la cime à cause du vent et de la neige.

Une fenêtre de quelques secondes pour observer les montagnes à l'Ouest

Le glacier Mosco vers l'Est

Duo de lacs, au fond le grand lac O'Higgins, le plus profond des Amériques.

Lac O'Higgins, son bras qui mène à Villa O'Higgins

ça commence à bien blanchir par là. Le Cerro Huemul Blanco.
La frontière
Après 6 semaines au Chili, il était temps de changer. Je ne peux plus rouler plus au Sud en restant dans ce pays : me voilà prêt à passer la frontière Argentine. Et quelle frontière! Vous avez sûrement compris que j'aime changer de pays dans des lieux spectaculaires. Après avoir quitté le Pérou en surplombant le Titicaca; être sorti de Bolivie entre les volcans du Sud Lipez, je laisse le Chili en ayant traversé le magnifique Lac O'Higgins, et le col Portezuelo de la Divisoria. Ce col frontalier n'est accessible qu'à pied ou à vélo, et je vais bientôt comprendre pourquoi.
Le bateau me dépose avec une quinzaine d'autres voyageurs sur la rive Sud du lac. De là, 15km de montée nous amène à la frontière où stationnent une poignée de Carabineros de deux pays. 10 mètres après la frontière, la piste laisse place à une trace de cheval, remplie de boue, de troncs d'arbres et de passages à gué. Cela dure 5 km, qui me demanderont 2 heures à parcourir. Il faut ensuite à nouveau prendre une barque pour traverser le Lago del Desierto, pour enfin retrouver une bonne piste qui descend au village d'El Chalten.
L'embarcadère sur le Lac O'Higgins, 7 km après le village, est le terminal officiel de la carretera Austral.


Deux vues du lac O'Higgins. Sur la deuxième, on voit les sommets du champ de glace Sud, dont les glaciers se jettent directement dans le lac.

Adios Chile...

Holà Argentina...

...avec le "chemin" qui va avec.

Le lago del desierto, et la montagne qui est encore dans les nuages. Pas pour longtemps...

Chateau de Pierre, Chateau de Glace, et chapelle de Marbre
27/02/2017
Salutations d'un petit cycliste français, de l'autre côté du monde.
Suite des aventures en terre Patagone. Et cette fois-ci, il y a du changement !
Je suis resté finalement 4 jours à Coyhaique, où il pleuvait comme lama qui pisse (expression locale), dormant dans une sorte de camping en intèrieur qui a investi les salles de classe d'une université. C'était la salle d'Anglais pour moi ! Et puis, quand le soleil s'est annoncé de nouveau, je suis reparti sur les chemins, seul et sans escorte - le ventre rempli de Completo (de bien fameux sandwichs chiliens).
Château de pierre (ou les Dolomites de Patagonie)
Première étape, Villa Cerro Castillo, au pied de la montagne éponyme. Ma route flirte avec la steppe Argentine dans une ambiance de grandes prairies et de relief vallonné, puis je remonte vers la cordillère en franchissant un col de haute montagne - accessoirement ma plus haute route de tout mon itinéraire en Patagonie. Altitude 1100m.
Je me pose à Villa Cerro Castillo pour aller randonner dans le massif rocheux voisin, encore dans les nuages en soirée. Pendant la nuit, le temps se dégage, et c'est parti pour une journée de rando ! Le sommet principal, le Cerro Castillo, domine de façon imposante la vallée plus de 2000m plus bas, et les neiges récentes ont bien enneigé ses faces. C'est une formidable paroi faite d'aiguilles fines qui s'élancent vers la cime plus large et surmontée d'une petite corniche. La face rocheuse doit faire bien 400m de haut, au pied de laquelle s'étend un petit glacier qui vient se suspendre au dessus d'une nouvelle barre rocheuse striée de cascades qui viennent se jeter dans le lac glaciaire tout en bas de la face Sud. La composition est parfaite, surtout éclairée par la lumière du matin. La rando m'emmène au pied de ce décor, avec une vue très élargie de l'autre côté sur la vallée principale et les hautes collines semi-arides au Sud. Je monte à un petit col à 1600m, à deux pas du glacier, ce qui me permet de traverser ses moraines et de découvrir l'incroyable richesse géologique du secteur. Une petite descente par une autre vallée, pour observer le Cerro Palo plus à l'Ouest, et des dizaines de traces d'Huemul, le cervidé de Patagonie qui abonde par ici.

Sous la pluie de Coyhaique, en attendant le retour du soleil...

...qui ne tardera pas à arriver. Ici en approchant la steppe pendant mon premier jour de vélo.

Route de montagne pour changer.

Départ à pied pour les hauteurs !

La face Sud du Cerro Castillo se découvre

Un autre sommet du massif, la laguna Castillo au premier plan.

Et de la laguna jusqu'au sommet, en passant par les cascades et le glacier.

Une des aiguilles de l'arête Sud Est.

"Le regard pétrifié"

Changement de temps en changeant de vallée. A droite, le cerro Palo.
Chapelle de marbre (avec un carrelage de turquoise s'il vous plaît)
Des aiguilles rocheuses plein les yeux, je reprends le vélo, toujours sur la Route Australe, qui n'est plus asphaltée à partir d'ici jusqu'à son terminus. 450km de piste, c'est parti ! La journée qui s'annonce est l'une des plus sauvages de mon voyage : 100km sans le moindre village, sans rien pour se ravitailler. Je remonte d'abord la très sauvage vallée du Rio Ibañez et retrouve temporairement des zones un peu plus humides, puis une longue traversée en moyenne altitude, au bord notamment du magnifique lac Cofre, me fait rejoindre la tout aussi sauvage vallée du Rio Murta, qui débouche dans le lac Général Carrera (ou Buenos Aires en Argentine), le numéro 2 d'Amérique du Sud après... le Titicaca; ça fait tout de même plus de 3 fois le Léman.
La route le longe sur environ 70 km, tantôt par la rive , tantôt par les hauteurs. La dilution des eaux glaciaires donne une teinte turquoise au lac hallucinante, qui se décline suivant l'éclairage et la proximité avec la côte : c'est ici le paradis du bleu. A proximité de l'unique village du coin, Puerto Rio Tranquilo, se trouve une falaise de marbre qui vient se jeter dans le lac. L'érosion des vagues a attaqué ses fondations, créant un réseau de "chapelles" à l'endroit où les rochers rencontrent le lac. Géométrie et couleur sont au rendez-vous.

La partie amont de la vallée du Rio Ibanez.

Première rencontre avec le lac Général Carrera par son bras Nord.

Une chapelle pour les âmes tourmentées...

...et une pour les âmes grimpeuses qui rêvent d'une belle poignée sur rocher naturel. Il y en a des semblables en continu sur des centaines de mètres.

Carrelage de turquoise (*sans Photoshop ajouté*)

Qui a parlé de la baie d'Halong ? C'est sûrement moins spectaculaire ici, mais les fondations sont beaucoup plus baroques.

Viens, on part en vacances avec mon pick-up ?

Ce lac, c'est un bonheur pour qui aime le bleu...

En prenant un peu de hauteur. Lequel du Titicaca ou du Général Carrera est le plus beau ? La question est ardue.

Vers la plaine du Rio Leones. Ce sera un bon endroit pour bivouaquer en bord de lac, espérant peut être un lever de soleil sur de nouvelles montagnes...
Château de glace (ou la rencontre avec la montagne tutélaire)
Vers la pointe Sud du lac, une petite plaine annonce l'embouchure d'une grande rivière. C'est le rio Leones, qui provient des glaciers du Champ de Glace Nord de Patagonie, la seconde plus grande masse glaciaire en dehors des pôles. Les sommets qui bordent cette calotte sont bien visibles depuis les rives du lac, avec parmi eux, rien de moins que le point culminant de Patagonie, qui n'est autre que... le Monte San Valentin. Estimé autour de 4060m d'altitude par les rares expéditions qui ont atteint son sommet, il fait partie des montagnes les plus inaccessibles de la planète. Je ne rate pas ce rendez-vous avec "ma" montagne, et je fais un crochet de 25km, d'abord à vélo,puis à pied, pour atteindre le Lago Leones au pied des glaciers. Ambiance sauvage à 200%, aucun touriste par là et seulement un petit sentier tracé dans la vallée. Le décor est immense, imposant et enivrant.
Mais d'autres choses m'attendent ailleurs, alors je finis par repartir au Sud. Je longe le lac Bertrand, qui est une annexe du grand Lac Général Carrera, et trouve enfin un micro village pour refaire mon stock de provisions. Il était temps, à 16h, je commençais à avoir un peu faim. Encore un bivouac, et j'atteins Cochrane, un gros village perdu dans les montagnes, après avoir longé la spectaculaire vallée du Rio Baker (le plus long et le plus puissant du Chili), dans un décor de plus en plus sec. Et soudain, dans ce décor de steppe et de cañons qui me rappelle le Pérou, je débusque le Guanaco, un cousin du Lama ; ça me renvoie quelques semaines en arrière, sur l'altiplano. Mais je suis bien au Sud du monde, m'apprêtant à traverser une des zones les plus reculées et spectaculaires de mon voyage; ça, c'est pour les prochains épisodes, si Dieu le veut.
Bises à tous !!

Amanecer, acte premier

Amanecer, acte second

Amanecer, acte troisième

Amanecer, acte dernier

LA rencontre. Selfie ? Le sommet du San Valentin est au centre droite (ce qui ne présume en rien de ma tendance politique...)

C'est un peu sauvage par ici...

C'est un peu beau par là...

Le glacier d'écoulement du champ de glace Nord

Lago Leones, à couper le souffle. On est autour de 400m d'altitude.

Le lac Bertrand, une annexe du lac Général Carrera.

Et une photo de la "carretera" au bord du Rio Baker

Confluence des rios Nef et Baker, dans une végétation déjà plus aride, avec toutefois encore les sommets du champ de glace qui se profilent au loin.

Pérou ? ?

En descendant sur Cochrane, d'où je vous écris !
...
Finalement, puisque certains ont insisté.. voilà celui qui se cache derrière les photos
(-d'ailleurs il est en train de parler de lui à la troisième personne, il se la pète un peu.
-Qui ça "il" ?
-Ben lui
-Ah, lui !)

18/02/2017
Hola'la ! Catchai Po ? (En Chilien dans le texte)
Les mauvaises langues diront que le deuxième épisode est une copie du premier, et ils n'auront pas tout à fait tort.
Les éléments qui ont fait le succès du premier volet sont toujours là : les volcans enneigés, les parois de granite, les fjords et la forêt luxuriante. Mais regardez bien, il y a quelques nouveautés...
De Chaiten à Villa Santa Lucia
La carretera Australe fut construite il y a une cinquantaine d'années par le régime militaire de Pinochet, pour désenclaver les régions du Sud. Un chemin de terre à la base, jusqu'il y a 6 ans, et qui va être entièrement asphalté d'ici 2025. J'alterne donc les portions de route, de pistes et de travaux, en particulier sur cette section.
Depuis Chaiten, je quitte l'océan pour m'engager dans une vallée parallèle. Devant moi, les falaises et la langue glaciaire du glacier Yelcho, derrière moi l'interminable calotte du volcan Michinmahuida. Après être passé sans m'arrêter devant une petite dizaine de sources thermales, je décide de profiter au moins une fois des eaux chaudes façon patagone, dans un petit vallon au coeur de la forêt. Disfrutando.
J'arrive bientôt au bord du Lac Yelcho, une autre merveille logée dans les montagnes. Une petite nuit dans la forêt sombre, envahie de limaces, et je repars plein Sud pour Villa Santa Lucia, que j'atteindrai rapidement après avoir passé un petit col vers 500m d'altitude. Je traverse ici des régions qui furent explorées et colonisées très récemment, entre les années 1910 et 1940, principalement par des allemands aventureux et des habitants de la proche île de Chiloe qui se joignirent à eux.
Villa Santa Lucia est un petit croisement, car d'ici part une route vers l'intérieur des terres qui donne accès à deux villages frontaliers. Je décide de tenter l'aventure vers l'un d'entre eux, pour découvrir à quoi ressemble la cordillère par là- bas. Je laisse donc mon vélo à Villa Santa Lucia, et décroche mes bâtons de marche et ma tente de mon porte- bagage.

Une muraille de Granite qui me protège de la mer, et derrière laquelle se cache le volcan Corcovado

L'interminable glacier du volcan Michinmahuida

Le glacier Yelcho

Et le lac Yelcho
Dans les yeux du condor
Dans le petit bus qui me dirige vers Palena, je sors petit à petit de la forêt sempervirente et des montagnes abruptes, pour trouver des prés, des forêts plus "européennes", des vallées plus larges et des sommets plus modestes. La géologie change un peu vers la frontière, c'en est fini du "tout" granite, et je retrouve des roches un peu moins nobles, ce qui ne manque pas de changer la physionomie des montagnes.
A Palena, je respire déjà à l'Argentine. L'accent de la langue, à couper au couteau, les vaches et les taureaux dans les prés, les hommes avec leur pantalon rentré dans leurs longues bottes de gauchos, un pull et un béret posé de travers à la façon maquisarde pour compléter le costume. Ils se déplacent souvent à cheval, même les ados. La classe.
Je m' embarque sur une route de "trekking", qui s'avèrera être surtout adaptée pour la parcourir à cheval. C'est une partie de l'itinéraire qui relie deux communes de cette région- là des Andes, celles de Palena et de Lago Verde, en passant par le très reculé Lac Palena, que je compte atteindre avant de faire demi- tour. J'apprendrai en revenant, par un ancien du village, que c'était une route de transhumance dans les décennies passées, qui a été abandonnée et investie par une réserve forestière. Seulement, les gardes forestiers n'ont pas entretenu les sentiers d'antan, et je m'en rendrai compte bientôt.
Après une remontée de la vallée du Rio Azul sur 20 km, le sentier carrossable s'arrête et je dois trouver et suivre l'ancienne trace de transhumance. Les aléas de parcours me la font perdre bien vite, et je dois me résoudre à changer mes plans, reconnaissant que je n'aurai pas assez de ressources physiques et alimentaires pour atteindre le lac Palena. Je continuerai comme je peux sur les pentes au Sud de la vallée, en cherchant à prendre de la hauteur quand les conditions s'y prêteront , empruntant les sentiers de vaches. Fidèle à ma devise : "si la vache passe, Val passe" j'arrive difficilement à me frayer un chemin dans forêts et broussailles et me loger sur un promontoire à quelques encablures d'un petit sommet que je n'atteindrai malheureusement pas avant mon heure fixée de demi tour. Je ne pourrai pas par conséquent observer le lac par les hauteurs, ainsi que le paysage plus au Sud, mais je profite d'une vue fantastique sur le fond sauvage de la vallée du Rio Azul, entourée d'un large chaînon de hautes montagnes enneigées. Mais ce jour là, j'avais rendez-vous avec plus qu'un simple paysage. L'heure avance, et le soleil commence à chauffer ces pentes Ouest sur lesquelles je me trouve, créant les courants ascendants nécessaires au vol des condors. Un premier couple vient me saluer, en tournoyant pas bien loin de moi, puis s'en va. Je commence ma redescente, et passe par hasard sur une large vire entre deux hautes falaises. Mais la falaise supérieure, je le comprendrai bien vite, est aussi le nid du couple que j'ai observé tout à l'heure. Rapidement, l'un des deux condors revient, tournant chaque fois un peu plus proche au dessus de ma tête. En continuant de marcher pour ne pas le déranger plus longtemps, je profite d'un ballet des plus spectaculaire. Sur ce promontoire au dessus de la vallée, dans un décor continu de hautes cimes rocheuses, tourne et retourne le Condor, de ses ailes interminables qu'il ne bat presque jamais. Tantôt en bas, tantôt en haut de moi, tantôt à l'aplomb - ce qui projette à quelques mètres de mes pieds son immense ombre - je peux observer son cou incliné vers le bas et sa tête tournée vers moi pour me surveiller. Il se dégage quelque chose de très puissant de ce spectacle, le genre de choses qui habite la mémoire pendant longtemps.

Assez grande la marguerite. Et puis elle a une couleur bizarre.


Dans la vallée du rio El Azul



Une cime de l'Oisans, ou du moins sa petite soeur jumelle, s'est glissée sur cette photo. Saurez-vous la reconnaître ?

La partie finale de la vallée, entièrement sauvage.

El condor pasa... Son cou vers le bas, sa tête en arrière. "Les yeux dans les yeux"

...Y pasa de nuevo, y de nuevo...

Confluence des rios El Tigre et El Azul
Les glaciers toujours plus près
Retour à ma "Patagonie de la jungle" où je récupère mon vélo pour une longue route vers la capitale de la Patagonie Chilienne, Le petit bourg de Coyhaique.
Un long suivi des cours du Rio Frio, puis Palena me fait observer un défilé de cimes enneigées toutes plus belles les unes que les autres, avant d'arriver sur une plaine un peu plus large au niveau de La Junta, dominée au loin par le volcan Melimoyu surenneigé. (Exercice de prononciation : dites le nom du volcan à l'endroit, puis à l'envers, puis à l'endroit, puis...).
Je continue toujours plus au Sud pour arriver de nouveau au Pacifique, dans le fjord de Puyuhuapi aux belles eaux bleues. Colonisation allemande oblige, on y produit une bière locale qui vaut le détour. Dans une vallée qui débouche sur le fjord, se révèle soudainement les glaciers du chaînon Queulat. La grande calotte glaciaire qui occupe les hauteurs de ce massif granitique s'écoule par une langue glaciaire qui débouche sur cette vallée. Le glacier s'arrête net au dessus d'un immense cirque rocheux vertical, que franchit le torrent de fontes par un saut magistral de près de 300m de haut. L'ambiance est au rendez vous. A peine deux kilomètres après ce site, je retrouve la rive de l'océan duquel je ne m'étais pas vraiment éloigné, au bord du très tranquille fjord Queulat. La route est très fréquentée par les cyclistes et les "mochiladores", des chiliens entre 18 et 35 ans qui avancent en stop le long de cette route symbolique pour le pays. L'occasion pour moi de faire quelques kilomètres accompagné, exerçant selon la situation mon anglais, mon espagnol ou mon belge. Je grimpe un col bien raide au Sud du massif dont je parlais tout à l'heure, pour profiter d'une vue privilégiée en face des cimes glaciaires, à la façon "Lautaret", mais dans la jungle. A partir de là, je quitte l'océan pour avancer petit à petit dans les terres, et retrouver un peu les Andes plus sèches telles que je les avais rencontrées à Palena. Ca tombe bien, le temps se prépare à changer, le bel anticyclone qui me protégeait s'étant fait botter par le courant antarctique à la façon de S.Zaza tirant son penalty.
Encore une poignée de montagnes sorties de quelques imaginaires farfelus, une traversée d'un plateau façon Haute- Loire sur les hauteurs du Rio de l'empereur Guillaume, et me voilà débarqué à Coyhaique, pour quelques jours de repos et de meilleure bouffe.

Retour sur le vélo, en route tout droit et plein Sud. Je quitte la région 10 des Lacs, pour rejoindre la région 11 de la "Patagonie Aysen".

Un coin de rêve, la confluence des rios Frio et Palena, qui formeront désormais un petit fleuve

Le cerro Barros Arana qui domine La Junta

La petite plaine de la Junta. En direction de l'Océan, le volcan Melimoyu, dont la face Nord-Est a l'air parfaitement skiable en ce mois de février

"C'est toujours la même eau qui coule" -Quand le vieux Magellan découvrit le détroit, il y avait des enfants qui s'y baignaient déjà

Puyuhuapi au fond de son fjord

A l'Ouest rien de nouveau...

...à l'Est un glacier suspendu

Parc National de Queulat

Les fameuses tempêtes Patagones, les 40e rugissants, les 50e hurlants...

C'est pas ici Tahiti, mais c'est toujours mieux que rien

Le Sud du massif de Queulat, vu depuis la vallée...

...et vu depuis mon premier col "officiel" en Patagonie, le Portezuelo Queulat.

Quand tu te réveilles avec les courbatures de la veille, que tu fais 500m en vélo, et que tu vois le cerro Picacho.

Le lac las Torres

Et les "Torres" du lac

La tête à l'envers, exactement. Je change le S par un N, et je pourrai être à Malissard, à Pelvoux...

Far over, the misty mountain rise, leave us standing upon the heights
Le temps change
Quelques fleurs qui envahissent les champs dans cette région

Péché par gourmandise
Le principal intéressé témoigne :
"La premier fois que j'ai essayé, c'était en Bolivie. Sans faire attention, j'avais acheté une petite boîte. Là bas, ça ne s'appelait pas comme ça en plus. Ils en vendaient incognito sous le nom de "Dulce de Leche" (tu te rappelles Tim ce lait concentré qui avait une couleur bizarre? ).
Et puis en arrivant au Chili, on a commencé à m'en proposer de partout. Au début, je me suis dit qu'un peu de temps en temps ne ferait pas de mal. Une tartine par ci, un Churros par là, ça ne fera pas de mal. Et puis j'ai commencé à glisser. Les tartines s'enchaînaient, ça ne me suffisait plus. Alors j'ai commencé avec tout ce qui me tombait sous la dent : avec un Cookie, un carreau de chocolat... Tout était un prétexte. C'est alors qu'on m'en a parlé.
Oui, je parle bien de la cuillère. Il ne m'a pas fallu longtemps pour m'y habituer, je ressentais toujours plus le manque. C'est quand mon vélo m'a dit "c'est ou moi, ou le Manjar" que j'ai pris conscience qu'il y avait un problème. Depuis, j'ai essayé de trouver des alternatives, j'ai essayé le miel, le beurre de cacahuète, mais je sais que je ne suis pas à l'abri d'une rechute."
#LeManjarParlonsEn

Ajoutez un Completo tomates-frites-avocat-mayo, le bonheur est complet.
Bleu, Blanc, Vert... et beaucoup d'autres couleurs
07/02/2017
Patagonie, ou la banalisation du merveilleux...
La Patagonie est un territoire rêvé, fantasme, imaginé. Le moment est arrivé pour moi de passer de l'imagination à la réalité.
Prélude
La limite nord de la Patagonie, côté chilien, n'est pas clairement définie. Le village de Chaiten d'où je vous écris est souvent annoncé dans les guides touristiques comme la porte d'entrée de la Patagonie. Pourtant, les habitants le défendent : Chaiten, ce n'est pas la porte d'entrée, c'est La Patagonie. Je retiendrai la définition la plus logique, c'est à dire l'endroit où la cordillère rencontre l'océan Pacifique, et la plaine centrale du Chili disparaît en conséquence.
Ainsi, mes deux premiers jours de vélo seront comme un prologue à la Patagonie, en roulant encore dans la plaine. Débarqué en bus à Puerto Varas, une petite ville luxueuse au bord du lac, avec d'immenses chalets et hôtels. En traversant les prés verts et les forêts, je me crois rentré à la maison, quelque part dans un recoin vert des Alpes. A un hémisphère près tout de même, ici c'est le coeur de l'été, les pissenlits envahissent les champs et les vacanciers envahissent les campings et les plages. Puerto Varas est encore dans la plaine, au bord d'un grand lac aux eaux bleues profondes, le Llanquihue (vous allez vous faire plaisir avec les noms patagoniens !). De l'autre côté du lac, annonçant la cordillère, se tient la silhouette parfaite du volcan Osorno, qui domine la plaine de plus de 2500m, enveloppé par ses glaciers. Avec le ciel limpide, c'est un paradis bleu, blanc et vert, auquel il faut rajouter les fleurs qui surchargent les maisons, les forêts et les bords de route.
Je longe le lac sur toute sa longueur jusqu'au pied du volcan Osorno, où je rencontre un petit fleuve qui descend des montagnes de cascades en cascades, se frayant un passage dans un labyrinthe de basalte, à l'endroit où les roches volcaniques viennent buter contre les parois de granit de la cordillère. Je fais un petit détour le long de ce rio pour aller voir le lac Todos Los Santos, déjà au coeur des montagnes, dans un décor grandiose. Montagnes et volcans se mélangent à la perfection par ici.
Le lendemain, après une nuit à la belle étoile sur la plage du lac et une petite rando sur les pentes du volcan Osorno, je reprends le vélo pour une petite traversée dans la forêt et les montagnes qui me fait rejoindre l'extrémité du fjord de Reloncavi. Ici commence la Patagonie.

Puerto Varas, encore un choc après le désert et la ville suranimée de Valparaiso.

Mythique, le volcan Osorno qui domine le lac Llanquihue, depuis Puerto Varas. On est fin Janvier et les montagnes sont pleines de neige et glaciers dès 2000m, ou même plus bas. Le ton est donné, sachant que je ne suis encore qu'au 41e parallèle Sud, et que je devrais finir en dessous du 50e...

Retour en Europe ? Qui veut venir déraciner les pissenlits ?

Pas un mauvais endroit pour manger des mûres bien noires...

Plein été

En montant vers le lac Todos Los Santos, une apparition fantasmagorique. Le volcan Puntiagudo

Le rio Petrohue

Arrivée au lac Todos Los Santos, qui s'ouvre vers la cordillère.


Vues du lac

La plage du bivouac, et le Cerro La Picada.

En prenant de la hauteur

L'envers du volcan Osorno

Qui vote pour un Koh Lanta version Chili ?

Sur la route vers le fjord de Reloncavi, au pied du volcan Calbuco. Ce que la photo ne montre pas, ce sont les mouches, véritable bataille de chaque instant en vélo.
Au pays du Granit
Imaginez une forêt vierge, composée de bambous, de fougères et de quelques arbres caractéristiques, tel l'Alerce, emblématique de cette région impénétrable - j'en ai fait l'expérience. Les feuillus ne perdent pas leurs feuilles même en hiver tant l'humidité est surabondante : c'est la forêt Valdivienne, qui occupe ces régions côtières du Nord de la Patagonie. Dans ce contexte, il est presque impossible d'atteindre le sommet des montagnes pourtant innombrables dans cette région. Toutefois, une vallée fait exception à la règle : peu après le village de Cochamo, au bord du fjord de Reloncavi où je suis arrivé la veille, je m'embarque, sac sur le dos, pour une marche de 4h dans la forêt dense, dans un labyrinthe de boue. Heureusement que le temps est sec depuis plusieurs jours... Après une nuit dans un pré inespéré, je pars sur l'un des sentiers indiqué sur ma petite carte schématique.
Rapidement, l'itinéraire se transforme en escalade sur racines, avec des pentes à plus de 40 degrés en pleine forêt. Puis je passe au pied de grandes dalles de granit, m'apercevant par la même occasion que je suis sur le rebord d'une falaise qui plonge vers la vallée. Quelques mètres plus loin, je découvre que l'itinéraire coupe tout droit dans les dalles de granit, une petite corde facilitant l'ascension : bienvenue sur les sentiers Chiliens ! Je sors enfin au sommet des falaises et débouche sur la crête, pour découvrir un paysage fantastique : une vallée glaciaire bordée d'immenses murs de granit formant les sommets environnants. A l'Ouest, apparaît le fjord, et à l'Est les glaciers du Cerro Tronador, à la frontière Argentine.
Ayant porté la tente, je passerai la nuit au sommet, histoire de profiter au maximum des hauteurs, et des condors qui tournent à quelques dizaines de mètres seulement au-dessus des randonneurs.

Patagonie, kilomètre 0 ! Je suis à l'extrémité du fjord de Reloncavi, au niveau de l'embouchure du Rio Petrohue.


Les rios Patagoniens, et la clarté de leurs eaux.

Le village de Cochamo au bord du fjord.


Le chemin dans la vallée de Cochamo.

Parfois, une fenêtre s'ouvre sur la vallée, pour découvrir l'ampleur des falaises qui l'entourent. Ca sent le bon coup cette histoire.

Le chemin dans un labyrinthe naturel, probablement creusé par l'érosion due à la boue.

Le camping de La Junta, et les falaises qui l'entourent.


Half Dome Patagonien, le cerro La Junta.

Une randonnée comme une autre...


Et me voici enfin sorti de la forêt, au premier mirador. Ici devant le Cerro Anfiteatro.

Dalles sculptées. Cochamo, nouveau paradis de la grimpe.

Le Cerro Torrecillas, point culminant de la vallée.

Tel l'aventurier solitaire...

Un lac sans nom vu depuis le sommet de mon bivouac, le Cerro Arco Iris, probablement nommé ainsi pour son rocher aux couleurs nuancées.

Lac ou océan? Montagnes ou volcans ? Ne choisissez plus, voici la Patagonie du Nord !


Partie amont de la vallée.



Les 3500m du Cerro Tronador

Et encore le volcan Osorno

Retour à l'océan, coup d'oeil en arrière sur la vallée de Cochamo depuis l'embouchure du Rio Cochamo.
Au bord de l'océan
Je reprends le vélo le long du fjord qui est désormais dominé par les neiges du volcan Yates, composant un merveilleux décor Bleu, Blanc, Vert. Je débarque au village de Puelo qui se trouve au débouché d'une autre vallée similaire à celle de Cochamo, mais je dois me reposer un peu et partir vers d'autres horizons, il reste tant de route à parcourir avant d'atteindre le bout du monde.
En fin de compte, j'aurai longé le fjord sur une centaine de kilomètres. Comme disent les habitants, par ici, c'est "ben tranquillo, no se pasa nada".
La partie aval du fjord est très sauvage, et la route se faufile entre la forêt et l'océan. Enfin, après une courte traversée dans les terres, je rejoins un nouveau fjord, celui d'Hornopiren.

Le volcan Yates, qui domine Puelo. Son ascension doit mériter le détour.


Retour de soirée, c'est par ici...

En arrivant à Puelo.

Le rio Puelo vers son embouchure, et une vallée toute à explorer.

Mon chalet en Patagonie

La partie finale du fjord, dans une ambiance très sauvage.

Au bout du fjord, je rejoins la route que je suivrai pendant les prochains 1200 km. Point d'arrivée, le lac O'Higgins, d'où je devrai passer en Argentine.
Hornopiren, la frustration d'un explorateur
Hornopiren, un petit village au bout de son fjord. Au nord se trouve l'autre versant du volcan Yates, et à l'est un immense massif, toujours granitique si j'en crois les pierres observées dans les torrents. Une forêt de pics, d'aiguilles, de murailles et de glaciers. Les eaux des torrents, d'un bleu laiteux, trahissent les puissants glaciers qui les alimentent. Seulement voilà, aucun sentier ne pénètre à l'intérieur de ces montagnes, et la forêt très dense interdit toute aventure. Me voilà, montagnard désœuvré, réduit à me promener dans le petit port du village. L'aventure attendra... Je profite du temps enfin gris pour une promenade en forêt, l'occasion de me documenter sur la faune et la flore locale.

Une montagne dans le ciel. Qu'y a-t-il au-delà ?

Le rio Blanco, seul témoin de ce qui se trame là bas, derrière la première barrière de montagnes.





Votez pour la plus belle. Perso, mon choix est déjà fait, même si la finale a été serrée. La dernière est colorée d'un dégradé qui va du rose saumon au rose pétant, et qui aurait coupé court à d'interminables débats sur la couleur d'un certain noeud papillon...
Mam', sauras-tu les identifier ? Tu choisis lesquelles pour ta prochaine compo ?



Le fjord Hornopiren et ses eaux claires dues à l'écoulement des torrents glaciaires.

En bateau sur le Pacifique
A Hornopiren, la route s'arrête, ne pouvant se frayer un chemin à travers les pentes abruptes et les nombreuses ramifications des fjords. Nous voilà, mon vélo et moi, embarqués pour 5h de navigation sur les eaux du Pacifique. Je découvre, impuissant, l'amplitude du massif glaciaire que je laisse derrière moi. Chaque vallée découvre de nouvelles aiguilles, de nouveaux glaciers. Le bateau me débarque à l'extrémité du fjord de Comau, d'où je reprends le vélo pour 10 km, au bout desquels il me faut de nouveau embarquer pour traverser le fjord Renihue.
Après cela, une traversée de 60 km m'attend, à travers les forêts et les falaises du parc Pumalin, une réserve naturelle fondée par le créateur de la marque "The North Face".
J'arrive le lendemain à Chaiten, un village au bord du golfe du Corcovado, où nagent des baleines bleues en cette saison. En 2008, le petit volcan Chaiten recouvrit entièrement la ville de cendres, détruisant les forêts aux alentours. La population fut évacuée à temps, et aujourd'hui le village est entièrement reconstruit. Au sud de la baie se dresse le volcan Corcovado, silhouette mythique qui domine une immense zone sauvage.
L'année prochaine, selon des informations exclusives, un sentier de 60 km sera créé dans ce parc national de Corcovado, cheminant sur les hauteurs qui le bordent.

Regarder les montagnes et rester en bas... c'est dur de s'y habituer !

Le volcan Michinmahuida, au bout du fjord Comau.


Naviguant dans les fjords du Pacifique Sud.


Format portrait obligé par ici. La route qui relie les deux fjords.

Embarquement dans le fjord Renihue.

Le fjord, et au centre une montagne que je tentais de gravir, par l'arrière, ayant repéré un semblant d'éclaircissement dans la végétation. Sans succès : Forêt 1, Valentin 0.
Caleta Gonzalo

8 ans après l'éruption, la forêt tente de reprendre vie sur les pentes du volcan Chaiten.
Playa Santa Barbara, sur le golfe du Corcovado.

Le Corcovado depuis Chaiten

C'est sous ce coucher de soleil à Chaiten que je vous dis "à bientôt". Cap au Sud, toujours plus de Sud !
27/01/2017
Depuis mon arrivée au Chili, je me suis lancé dans une montée en latitude effrénée, traversant plus de 1000km à vol d'oiseau en bus, depuis San Pedro de Atacama.
San Pedro et l'Atacama
Après les efforts éreintants des 10 derniers jours, je cherchais un endroit pour me poser et me reposer. J'hésite à m'arrêter dans ce gros village qu'est San Pedro : l'ambiance western d'une petite oasis dans le désert est charmant... tant qu'on ferme les yeux sur les masses de touristes qui y affluent, et puis les prix sont assez élevés, surtout quand on arrive de Bolivie. Je pourrais rester au moins 5 jours ici pour visiter les nombreux sites aux alentours, mais après réflexion je me dis que question désert, je viens d'être bien servi, et qu'il y a d'autres lieux bien différents qui m'attendent au Chili.
Je passe tout de même deux nuits à San Pedro, le temps de laver les affaires et d'organiser la suite. J'y rencontre une chinoise qui voyage autour du monde, et qui a fait quelques années auparavant, en vélo, la montée à Lhassa par le Sud-est du plateau Tibétain... Malheureusement, elle confirme mes craintes : toujours impossible d'y aller sans passeport chinois. Je me satisferai (largement) des Andes en attendant.
Avant de partir, je profite quand même d'un petit circuit touristique aux geysers d'El Tatio qui se situent de l'autre côté des volcans que j'ai vus les jours précédents en vélo. Une sorte d'adieu à l'altiplano et à la haute altitude pour moi, je n'y retournerai probablement pas avant mon retour.

Le Licancabur depuis les rues de San Pedro.

Un des geysers d'El Tatio

Une petite église de l'Atacama
Adieu, altiplano... que de souvenirs dans tes plaines, ton grand lac et tes cordillères !
Les vignes dans le désert
Depuis San Pedro, direction La Serena, située à une nuit de bus plus au Sud. J'y fais une pause dans mon trajet vers Valparaiso afin de profiter d'une nuit d'observation du ciel nocturne, cette région étant "La Mecque" de l'astronomie. Le temps est favorable (j'ai quitté la saison des pluies du haut plateau) et je suis désormais en plein milieu de l'été austral, l'équivalent d'une fin Juillet en France.
La Serena est une petite ville coloniale agréable, à deux kilomètres de l'Océan, avec un marché artisanal très animé sur la place centrale. De là, je prends un bus qui me conduit rapidement vers la cordillère, pour atteindre une vallée d'altitude remplie de vignobles. Le contraste entre l'aridité des montagnes et la verdure de la vallée forme un paysage remarquable, une certaine douceur de vivre.
Je profite de la nuit dans un petit observatoire, et c'est l'occasion de me repérer dans ces nouveaux cieux, qui vont devenir de moins en moins connus au fur et à mesure de ma montée en latitude. Là-bas, la croix du Sud, qui est encore assez allongée à l'horizon : nous ne sommes qu'à 30 degrés de latitude Sud. A côté de la voie lactée se distinguent les deux nuages de Magellan, magnifiques points de repère de ce ciel Austral. Il s'agit de deux petites galaxies qui orbitent autour de la nôtre, à quelques centaines de milliers d'années lumière (seulement !). Voilà des corps célestes qui figurent parmi les plus éloignés restant clairement visibles à l'oeil nu.
Ensuite, retour à La Serena pour reprendre un bus de nuit vers le centre du pays et Valparaiso. En attendant, je profite de l'après midi au bord de l'océan Pacifique, mon nouveau compagnon de voyage.

Le centre ville de La Serena

Un sculpteur sur sable qui travaille cet été dans les rues de La Serena...
...et son travail incroyable.

Vignobles et désert

La vallée de l'Elqui

Le phare qui surveille...
...l'océan Pacifique.
Valpo, pour les intimes
Suite et fin du Chili en mode express. Je débarque à Valparaiso, port emblématique du Chili, au point que ses habitants sont nommés les Porteños. Principale escale dans le Pacifique Sud du temps où le canal interocéanique n'était pas encore percé (les bateaux n'avaient pas d'autre choix que de passer par le lointain canal de Magellan), il en a résulté une ville prospère, dont le centre est aujourd'hui classé par l'UNESCO. Si la ville parfaite n'existe pas, Valparaiso contient beaucoup d'éléments qu'il faudrait retenir pour la créer. Alors après Cusco et La Paz, voici le troisième reportage urbain de mon voyage.





J'ai rêvé de collines et de maisons si colorées qu'on en découvrirait de nouvelles teintes...


...j'ai rêvé de trouver l'arc-en-ciel en montant un escalier, avec une pincée de poésie...

...j'ai rêvé d'une maison orange en face du Pacifique...
...j'ai rêvé d'une rue où les fleurs remplacent le bitume...

...et j'ai rêvé d'une ville où le Tag est de l'art.

"La abuela"

L'un des cerros de la ville, avec le siège de la marine chilienne en avant-plan, depuis la place Sotomayor.

- Tu peux jouer un octave plus haut ? - Attends, j'suis crevé, je fais une pause.

Jouer dans les rouleaux de l'océan Pacifique, à Viña del Mar.
Mercredi, j'essaie de m'aventurer vers le sommet de La Campana, qui se trouve au bout de la ligne de métro de la ville. Du haut de ses 1800 mètres, il domine d'un côté l'océan, et de l'autre la vallée centrale du Chili, au dessus de laquelle s'élève la Cordillère des Andes. Avec un peu de chance, j'espère y voir l'Aconcagua, point culminant des Amériques à près de 7000m. Malheureusement, les parcs nationaux d'une très grosse moitié centrale du Chili sont fermés ces derniers jours à cause des risques d'incendie, alors je suis contraint de renoncer à ce projet, ainsi qu'à celui de randonner dans la région de La Araucania plus au Sud. Alors direction "La Patagonie" dès demain !

La Campana, que gravit Darwin en d'autres temps. Dommage, le jour était clair.